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Volume 4 Le Chaabi

- Introduction
- Volume 1 Musiques Arabo-Andalouse
- Volume 2 du Bédoui au Raï
- Volume 3 Chansons Kabyles de résistance
- Volume 4 Le Chaabi

L’art nait de la lutte, lutte contre la rigidité de règles trop strictes étouffant la créativité. C’est ainsi qu’a jailli en Algérie un réel bouleversement musical, en rébellion contre la bonne société musicale qui pratique la musique arabo-andalouse la plus classique. La Casbah d’Alger, le quartier populaire s’approprie cette musique et la « démocratise ». Elle simplifie les codes stricts de la Nouba, raccourcit les longues phases thématiques. Elle invente le Medh.

C’est Cheikh Nador qui le premier fait descendre sur la place publique et dans les cafés, cette musique dérivée de l’Arabo-Andalou. Le Medh casse la hiérarchie des instruments et introduit un instrument typiquement algérois le Mandole. C’est désormais le banjo qui donne la réplique au chanteur. Le Medh prend surtout la liberté de remplacer l’arabe littéraire par l’arabe dialectal voire le kabyle.

À cette époque, une pléiade d’artistes Meddah (interprète du Medh) s’exprimait. Pour ne citer qu’eux : Mustapha Driouèche, Kouider Bensmain, Mohamed Essafsafi, Saïd Derrar, Ahmed Mekaïssi, Mahmoud Zaouche...

Mais c’est incontestablement Hadj Mohamed El Anka, dès le début des années 30 qui engagea le Medh sur la voie de la modernité. Il le modifie en y introduisant des tempos kabyles. L’Arabo-Andalou transmettait des textes classiques, des allégories, des fables. Hadj Mohamed El Anka y fait entrer dans un langage populaire la vie quotidienne du peuple, son travail, sa misère ou ses joies. Il répercute au fur et à mesure de la prise de conscience nationaliste, les thèmes cette lutte indépendantiste.

C’est en 1946 que El Boudali Safir, directeur littéraire et artistique de Radio Algérie pour les émissions en langues arabe et kabyle, a donné au Medh le nom de « populaire »(en français) soit Chaabi (de Chaab, le peuple). Le mot Chaabi, a fait son entrée dans les dictionnaires de la langue française grâce à la reprise de la chanson ya rayah de Dahmane El Harrachi par Rachid Taha. C’est grâce à deux artistes de génie, Mahboub Bati (auteur-compositeur) et Dahmane El Harrachi (auteur-compositeur-interprète, qui a fait toute sa carrière artistique en France) que le Chaabi s’est modernisé en devenant un genre musical écouté aux quatre coins du pays. Ils ont su le populariser en l’Algérianisant définitivement.

L’évolution du Chaabi qui se pratiquait à Alger doit beaucoup à Mahboub Bati qui, à lui seul, réussit à propulser de nombreux chanteurs Chaabi sur le devant de la scène.

Hsissen, pseudonyme de Ahcène Larbi Benameur, né le 8 décembre 1920 dans la Casbah d’Alger au sein d’une famille originaire de Maâtkas (Tizi-Ouzou). Comme tous les musiciens algériens, il apprit a jouer par lui-même, d’abord de la mandoline, ensuite de la guitare et du mandole, pour égayer les soirée des jeunes de son quartier. Son talent lui permit très vite de se joindre aux orchestres des plus grands maîtres, Auprès d’eux il se familiarisera avec les modes classiques en usage dans le Chaabi, si bien que très vite, ayant appris à leur contact une multitude de poèmes, il se mit a composer lui-même. Quelques années avant la Révolution de 1954, il dirigeait son propre orchestre et sa popularité s’étendait déjà au-delà de la ville d’Alger. Ses activités artistiques se doublaient d’activités politiques ; chantre du MTLD qui menait une activité de propagande sur toute l’étendue du territoire algérien, il milita activement jusqu’à la « Bataille d’Alger » ou, se sentant menacé il prit la décision de s’exiler. Il « monta » d’abord a Paris ou il retrouva une grande partie de ses amis, réfugiés comme lui ; c’est a cette époque que sa collaboration avec Missoum lui permit de renouveler le genre. Il réalisa chez Pacific l’unique enregistrement commercial de sa carrière. C’est a cette époque aussi que, revenant aux sources, il composa, toujours dans le style « Chaabi », quelques oeuvres en kabyle. De Paris, il se rendit à Tunis. Il fut incorporé dans la troupe artistique du FLN et participa aux différentes tournées dans les pays amis. Son état de santé déclina très vite et il mourut le 29 septembre 1959 à l’hôpital Saddikia de Tunis, des suites d’une maladie pulmonaire. Malgré la brièveté de sa vie, et le peu d’oeuvres produites ses chansons sont restées au coeur des algériens.

Boudjemaa El Ankis, de son vrai nom Boudjemâa Mohammed, est né en 1927 à la Casbah d’Alger. C’est à 12 ans qu’il débute la musique, en imitant le grand maitre El Anka, ce qui lui valut son pseudonyme. De ses débuts jusqu’au début de la guerre de libération nationale, il mène une carrière en dents de scie. La guerre de libération ne l’épargna pas. Il sera arrêté et torturé, à deux reprises par les services spécialisés de l’armée coloniale, en 1957 et en 1960. Dès sa sortie de prison, il renoue avec ses activités artistiques. Auteur-compositeur de Djana El Intissar, hymne à l’Indépendance, il y évoque les manifestations du 11 décembre 1961. C’est après l’indépendance qu’il connut vraiment le succès.

Hadj M’rizek est le nom de scène d’ Arezki Chaïeb, né lui aussi dans la Casbah d’Alger en 1912. C’est par son demi-frère, organisateur de spectacles, qu’il vient à la musique. Il suit les représentations des vedettes de l’époque comme Cheikh Nador. M’rizek fait un apprentissage musical classique (Tar, Darbouka) avant de faire du Mandole son instrument de prédilection. On s’accordait à lui reconnaitre « des qualités artistiques que sont la clarté de l’expression verbale et son sens inné du rythme ». Il devient la star de la casbah en 1929 et participe à des fêtes à Blida, Cherchell et dans le M’zab. C’est le premier artiste qui réussit à faire émerger le Chaabi de la Casbah d’Alger. Sa renommée arrive en métropole où il enregistre plusieurs 78 tours, dont en 1951 El Mouloudia, son plus gros succès.

Hadj Mohamed El Anka naquit à Alger en 1907, Petite anecdote à propos du quiproquo autour de son nom : Aït Ouarab Mohamed Idir Halo : Son père Mohamed Ben Hadj Saïd, souffrant le jour de sa naissance, dut être suppléé par un parent maternel pour la déclaration à l’état civil. C’est son oncle maternel qui se présente en tant que tel et dit en arabe « Ana Khalo » (Je suis son oncle) et c’est de cette manière que le préposé inscrivit « Halo ». Il devient alors Halo Mohamed Idir. Mohamed El Anka n’était encore qu’un gamin quand cheikh Nador l’engagea dans son orchestre en tant que joueur de Tar (tambourin). A la mort de ce dernier en 1926, El Anka âgé de 19 ans à peine réussit malgré tout à prendre le relais de son maître dans l’animation des fêtes familiales. Aidé en cela par des musiciens chevronnés. El Anka a incontestablement donné une nouvelle impulsion au Medh. Son interprétation était percutante et sa diction atypique, même son jeu de Mandole était captivant ; c’est d’ailleurs à lui que l’on doit l’apparition dans les orchestres du Medh du mandole typiquement algérien que nous connaissons aujourd’hui. À ses débuts, il se produisait dans les fumeries où les jeunes de sa génération venaient apprécier son art. Son nom de scène était « M’hamed El Meddah » mais les maîtres de l’Arabo-Andalou l’appelaient cheikh El Harras (le casseur) car il avait une manière inhabituelle d’interpréter l’istikhbar ou l’insiraf. 1928 est une année charnière dans sa carrière, il enregistre 27 disques 78 tours chez Columbia, son premier éditeur et prit part aussi à l’inauguration de la Radio PTT Alger. Grâce aux moyens modernes du phonographe et de la radio El Anka était désormais devenu le promoteur du Medh. Il reste jusqu’à aujourd’hui le grand maître du Chaabi.

El Hadj Menouar Egalement natif, en 1913, de la Casbah d’Alger, El Hadj Menouar gagna le surnom de Prince du Tar. Privé d`instruction, ne sachant ni lire ni écrire, il était en revanche doué dune mémoire phénoménale. Emmagasinant des centaines de Qacidas même les plus
longues, il devint rapidement une véritable encyclopédie. Passionné très jeune par la musique, il fut encouragé par K’hioudji. Hadj Menouar se spécialisa dans les oeuvres religieuses. Sa célébrité s’étendait de jour en jour, il anima de nombreuses fêtes familiales ou publiques, recevant toujours le meilleur accueil auprès de la population qui aimait sa voix forte et mélodieuse. Hadj Menouar est le maître incontesté du « Kheloui », là où l’improvisation et le passage subtil d’un mode musical à un autre jouent un grand rôle.

Dahmane El Harrachi de son vrai nom Abderrahmane Amrani, est né le 7 juillet 1926 à El Biar (Quartier d’Alger). Il habite avec sa famille le quartier d’El Harrach, d’où l’origine de son surnom. Il s’initie très tôt au banjo, influencé par le chanteur Chaabi Khélifa Belkacem (décédé en 1951). À 16 ans, il en interprétait déjà les chansons. En 1949, il se rend en France et s’installe à Lille, puis à Marseille et enfin Paris. C’est ainsi qu’il se fait connaître. Il enregistre son premier disque chez Pathé Marconi en 1956. Sa chanson behdja bidha ma t’houl (traduction : Alger la blanche ne perdra jamais de son éclat) figure sur cet opus. Il compose aussi kifech nennsa biled el khir (Comment pourrais-je oublier le pays de l’abondance) pendant la guerre de libération.
Il est l’auteur d’environ 500 chansons. Ses paroles incisives et ses mélodies le font apprécier du grand public. Pour donner plus de consistance à ses textes lyriques, il fait très souvent appel au procédé métaphorique. Sa voix rocailleuse se prête très bien à son répertoire brossant les thèmes de la nostalgie du pays, les souffrances de l’exil, la passion pour sa ville natale, l’amitié, la famille, les chagrins d’amour, les vicissitudes de la vie, la droiture, la rigueur morale tout en fustigeant la malhonnêteté, l’hypocrisie, l’ingratitude et la mauvaise foi. El Harrachi chantait l’air du temps et n’a jamais prétendu puiser dans le répertoire des anciens poètes maghrébins du Melhoun. C’est un artiste original qui a modernisé le Chaabi.
Une de ses chansons les plus célèbres Ya Raya (Le Voyageur) a connu un grand succès en France et en Algérie grâce à la reprise qu’en a fait Rachid Taha, La chanson originale a fait le tour du monde et a été traduite en plusieurs langues tout en gardant la même mélodie.

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